J’ai eu trente ans, avant.

Une année inconsidérée je me suis rendue compte que je ne serais jamais de retour dans le couloir de l’école primaire *** à Nantes. Pas plus que mes pas ne me conduiraient à ma petite chambre de la rue de Q***.

Alors j’ai ouvert un carnet, pour aligner quelques mots. Pas de phrases, simplement des mots. Des prénoms, des mots, des souvenirs, et puis des petites paillettes de joie qui viennent s’incruster dans le papier.

Mais la seule phrase qui vienne est une question : arrête-t-on un jour d’avoir trente ans ? C’est le moment parfait de la vie, où la jeunesse atteint juste ce qu’il faut de maturité, et où tout l’avenir reste à écrire.  C’est cet instant dont on n’arrive pas à décrocher. « On » ? « Je » en réalité. Restée bloquée dans une faille temporelle schizoïde, entre l’enfance pleine d’étrangeté et de joie aussi, et cette année des trente ans où la nécessité de « faire » devenait cruciale, oppressante.

Après il n’y a plus qu’à ce dire, avec le chanteur, « j’ai eu trente ans, je suis content ».

En vrai, en vrac

Tromper l’ennui au bar d’un grand hôtel. D’inconnu en inconnu, il y a le charme de cette première phrase, première fois, première fin.

C’est comme un bout de miroir brisé au sol, ça brille, on s’approche, puis la surprise passée, on jette à terre, à nouveau, jusqu’à ce que..

C’est curieux, être un bout de miroir, réfléchir la lumière, briller quelques instants, puis attendre la prochaine fois. Se faire ramasser.

Ce n’est pas qu’une métaphore hasardeuse. Qui ne rêve pas d’ être accroché haut dans le ciel de quelqu’un ?

Le problème de la vie c’est la réalité en somme.

Ce qu’on cherche tous, et même l’autre là, rue du Faubourg Saint-Honoré, c’est à vivre un joli rêve, aux frais d’une réalité moins amène.

Heureusement, il n’est de peine ni de solitude qu’une jolie paire de chaussures ne puisse adoucir.

Reste à retrouver ce trait de magie, qui fait pleuvoir les paires de chaussures et les bouquets de fleurs.

Un jour il faudra que je vous entretienne de ma notion de la prostitution, il s’en trouve moins rue de Budapest qu’à la Défense. Un jour…

Qu’a-t-on à offrir chacun qui soit vraiment libre et consenti ? Le désir lui même des chose vient éradiquer notre consentement. Pas grave.

C’est le désir même qu’on veut éradiquer avec la raison. C’est moche d’être raisonnable. C’est un crime de vouloir y contraindre les autres.

Est-ce mal de désirer le désir pour seule boussole ? J’aimerais abandonner toute raison aux mains d’un autre, l’aimer pour ça, le chérir.

On cherche, on ne trouve pas. Parce qu’on cherche à se donner sans tarification, à obtenir sans exiger. Comment articuler deux désirs ?

Epistémè de moi #1

Un jeune homme, l’air presque fragile, qui attend. Qui ? Peut-être moi ? Il ressemble à ces chemins de traverse qu’on aurait pu emprunter, mais que l’on a ignoré, par peur, par manque d’amour de soi, par facilité. Regarde, c’est la petite route escarpée, pleine des fleurs sauvages de la vie. Tu détournes les yeux.

Debout

Garde moi debout contre toi, ne me lâche pas. Trop de sottises sont sorties de ma bouche aujourd’hui. Je t’aime, ça me fait peur. Si je pouvais te jeter loin de moi et te détester… Mais tu es là, si doux… J’aime ce que tu fais de moi. Le désir, la chair, l’excitation presque incessante, et puis la douceur de l’amour, la tendresse de tes mots et le soutien de ton regard indulgent, tout cela m’est devenu necessaire.

Garde moi debout contre toi.

P.P.P.

On fait de son mieux pour être adulte, et dans le fond on ne change que la surface. Pourquoi abandonner les jupes jaunes, les chaussettes et les nœuds. Pourquoi ne pas sourire au visage aimé ? Je veux des paillettes, du rose et des pivoines. je veux imaginer que je peux finir ma vie dans un petit cottage du Derbyshire, à écrire encore et toujours… Je veux garder mes plus sombres pensées, parce qu’elles ont été mes plus fidèles compagnes, et puis retrouver le soleil avec lui, et croire à nouveau que tout est parfait.

Je rends grâce à Mani et je prend la lumière et la nuit, comme elles viennent en moi.

Tout est parfait.

G.

 

Cher G.

Hier soir, je me suis endormie sous l’olivier du jardin. J’y ai passé l’après-midi entière, à penser à toi. En fait non, je mens.  J’ai pensé si peu à toi hier. C’est que j’essaie de guérir, si tu savais… Tu le sais.  Tu es loin, encore. Toujours. Je me contente parfois de tracer la première lettre de ton nom, sur ces carnets bleu marine que tu aimes tant. Que j’aime parce qu’ils sont une image de toi.

Hier soir, je me suis réveillée sous l’olivier du jardin. J’ai regardé cette lettre G gravée sur le tronc, par une main enfantine. La mienne, moi qui ne suis plus une enfant, que par cet amour qui me porte vers toi.  Autour de moi il y avait les livres, les journaux, quelques carnets et stylos, tout ce que j’avais préparé pour tenter de penser à autre chose que toi. J’y réussi bien, je crois. Il y a des moments entiers maintenant où mon esprit t’efface. Applaudiras-tu à ces progrès ? A voir tout ces magazines qui jonchaient le sol, je me suis dit qu’il vaudrait mieux que je résilie quelques abonnements, certaines revues ne sont là que par une sorte d’obsession de tout lire et tout voir. Je n’essaie pas de remplacer une obsession par une autre, tu n’es pas une obsession mais une évidence…. A force de répéter ce mot, obsession, tu vas finir par me croire folle… Et ce ne serait qu’un doux euphémisme. Je ne suis pas folle pourtant : cette phrase porte en elle toute sa contradiction. Ma contradiction à moi, c’est toi. Je m’obstine. Je réfléchis, fais le tour de ma vie, de mes sensations, de mes sentiments, et que reste-t-il à chaque fois ? Toi. Je recommence alors, espérant un changement dans le résultat,  réfléchissant à m’en donner des migraines, mais rien n’y fait.

Hier soir, avant de m’endormir sous l’olivier du jardin,  je suis restée là, à contempler le ciel. Ne rêvons pas, il n’a rien d’étoilé ces dernières nuits. Peut-être que les astres sont bien là, mais je ne sais plus rien voir de beau. J’ai recommencé à fumer, ça aussi fait passer le temps, si tu savais. Oui tu le sais… Tu peux te moquer maintenant, de toutes ces fois où je te forçais à cette promesse, arrêter de fumer pour moi. Juste un chantage taquin assortie d’autres promesses, bien plus friponnes celles-là. J’ai regardé ma cigarette s’éteindre presque seule, comme emportée par le vent du soir, un doux zef qui me caressait le visage. Je pensais à ta main sur ma joue, plus douce encore que la plus douce brise.  Dis-moi, vas-tu revenir ? Je pense à des choses stupides. Je pense à laisser un jour cette cigarette consumer le jardin, l’olivier avec, tout bruler, mes souvenirs aussi, ton sourire, ton image, cette peine sourde qui vrille mon cœur inlassablement. Tout consumer, dans un incendie général qu’aucun pompier ne saura éteindre, et me reposer enfin. Tu vois comme je deviens idiote loin de toi ? Alors reviens…

Hier soir je me suis demandée sous l’olivier, comment aborder cette nouvelle semaine, ce nouveau mois, sans toi. Ce nouveau moi sans toi. Je fais des projets, aussi vide de sens que propre à remplir mon temps. Je cherche quelque chose qui mette fin à la douleur… Voir Venise et mourir… Tu sais que j’ai sérieusement songé à jeter un œil à la lagune, à monter dans une gondole au pont des soupirs, pour voir si j’y exhalerais le dernier. Je n’ai pas ce courage.  Quitter le jardin est au-dessus de mes forces. Alors je me cherche de nouvelles obsessions (rappelle toi que je ne suis pas folle, mon ange, juste vide…). J’accumule les livres, les journaux. Je me suis prise de passion pour la cuisine. Je feuillète des livres de recette avec de jolies photos, je regarde ces jolis gâteaux que je ne ferais jamais. Je préfère me moquer des noms ridicules dont on les affuble. Je ne suis pas femme à cuisiner des cupcakes ou des whoopies. Je me moque et je suis toujours aussi vide. Tu sais, parfois, je me dis que je m’invente tout ça, la douleur, la peine, l’obstination. Tout n’est que le produit de ma volonté : pourquoi je ne décide pas que ce n’est pas moi ?

Hier soir, je me suis endormie sous l’olivier du jardin, mon cœur encore une fois piétiné par mes pensées. Je me suis endormie pourtant heureuse, parce que tu restes dans mon ciel étoilé, en mire de ma vie.

Je crois que je t’aime encore.

La nuit

La nuit me rassure. Tout semble en pause, et je peux enfin réfléchir calmement, sans avoir peur du temps qui passe. Je réfléchis tout le temps, ce n’est pas une image. Mon cerveau ne s’arrête jamais, c’est fatigant. Mais la nuit, il est plus calme, je maitrise un peu mieux le flot. Et je ne sais si c’est le trop-plein de fatigue ou le soulagement, mais je pleure. Je ne suis pas particulièrement triste mais je pleure. De toute façon, mon état d’esprit est à peu près tout le temps le même. Triste non-triste. Y at-til des raisons de se réjouir, formellement ? Non. Ni du contraire en fait.

Je sens bien qu’il y a une genre de barrière entre moi et pas mal de gens. J’ai longtemps cru que c’était moi qui la fabriquait. Mais l’observation récente m’a convaincu que quoi que je fasse, elle se construisait seule : les gens finissent par se détourner, c’est fatal, banal. Le reste, je ne sais pas. Je préfère continuer à être comme ça, le tout est de ne pas faire de mal, à qui que ce soit. J’ai admis être bizarre: ça veut dire comme personne. Tant pis si ça fait peur.

Parfois, je me sens seule. J’aimerais bien, juste un peu, être cette gentille copine, avec qui on va faire les magasins, ou prende un thé. Et qu’on ne trouve pas forcément étrange…

Tu parles, je crois que je me raconte un peu une histoire, simplement pour justifier cette océan de solitude que déteste autant que j’aime.

Je suis dans une rue au milieu de nulle part.

La profondeur, et l’amour de la vie, ne s’expriment jamais mieux qu’au fond de l’eau. Plus on s’enfonce et plus on sait ce qu’on quitte.